Un mécanicien connu sous le pseudonyme « Titèt » a été froidement assassiné mardi 9 décembre à Turgeau, près du Collège Canado Haïtien, par des individus identifiés comme membres du groupe d’autodéfense de Pacot. Selon plusieurs témoins, il a été tué uniquement parce qu’il était originaire de la 5e Avenue Bolosse, une zone stigmatisée en raison de la présence de groupes armés et l’abandon des forces de l’ordre.
Chassé par l’insécurité qui ravage le centre-ville de la capitale, le mécanicien avait dû abandonner son lieu de travail pour chercher un endroit plus calme afin de continuer à exercer son métier. Depuis plusieurs mois, il s’était installé près du Collège Canado, où il tentait de reconstruire sa vie professionnelle malgré les difficultés. Cependant, sa présence dans ce quartier était perçue avec suspicion. Plusieurs habitants affirment que des membres de groupes d’autodéfense l’avaient à plusieurs reprises intimidé et invité à quitter la zone, le considérant comme étranger au secteur.
Mardi, en pleine journée, des individus identifiés comme des membres de la brigade anti-gangs de Pacot l’ont aperçu sur son lieu de travail. L’un d’entre eux a dégainé son arme et l’a exécuté sans sommation, au vu et au su de nombreux passants. Selon des informations recueillies par un reporter du média Le Facteur Haïti, les assaillants prétendaient disposer « d’informations douteuses » à son sujet, un prétexte souvent utilisé pour justifier des exécutions sommaires en l’absence totale de contrôle de l’État. Une autre personne, dont l’identité n’a pas été révélée, a également été touchée par balle au pied lors de l’attaque.
La mort de « Titèt » illustre de manière crue la réalité vécue par des milliers d’innocents pris au piège de quartiers abandonnés par les autorités et livrés aux groupes armés. Des citoyens sans défense, déplacés ou marginalisés, sont aujourd’hui tués sur simple accusation ou sur la base de leur adresse d’origine. Dans ce vide sécuritaire où les brigades d’autodéfense imposent leurs propres lois, la vie humaine ne tient plus qu’à un fil.
Ce drame ravive l’urgence de restaurer l’autorité de l’État dans les zones perdues au profit des groupes armés et de protéger les civils vulnérables. Sans une action rapide et déterminée, la capitale continuera de s’enfoncer dans un cycle de violences arbitraires, où l’origine ou l’apparence d’un citoyen peut suffire à lui coûter la vie. Les habitants de Turgeau, Pacot, Bolosse et d’autres quartiers meurtris vivent désormais dans une peur constante, abandonnés à eux-mêmes dans une ville où la justice n’existe plus.





