EN DÉFENSE DE « C’ÉTAIT ÇA OU MOURIR » DE TÉLYSSON ORÉLIEN

Tout ce qui se passe aujourd’hui autour du roman C’était ça ou Mourir de Télysson Orélien était non seulement prévisible, mais historiquement nécessaire.

Il ne s’agit point d’un fait nouveau. C’est la rançon de toute œuvre qui dérange, de toute plume qui ose.

En 1637, lors de la publication du Cid de Pierre Corneille, la France littéraire s’embrasa : ce fut la fameuse querelle du Cid. L’Académie, par jalousie et par doctrine, voulut faire taire le génie.

En 1830, lors de la première d’Hernani de Victor Hugo, ce fut la bataille d’Hernani. Les classiques hurlaient contre le romantisme parce que la lumière nouvelle blessait leurs yeux habitués à l’obscurité.

Toute publication qui déplace les lignes donne lieu à des querelles. C’est la loi de l’histoire littéraire.

Aujourd’hui, l’argument à la mode pour disqualifier le talent, c’est l’Intelligence Artificielle. Quel alibi commode ! Quelle paresse intellectuelle !

Qu’on soumette à ces logiciels inquisiteurs Du Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762, ils y détecteront de l’artificiel. Qu’on leur présente Compère Général Soleil de Jacques Stephen Alexis, publié en 1955 chez Gallimard, ils y verront la main d’une machine. Si Jacques Roumain publiait aujourd’hui son chef-d’œuvre Gouverneurs de la Rosée, on crierait à l’IA. Que dire alors du long poème de 802 vers, Les Dix Hommes Noirs de Étzer Vilaire ? Tout ce qui frôle la perfection devient suspect aux yeux des médiocres.

Comme le disait Nietzsche, il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d’une étoile dansante. Or, notre époque ne supporte plus les étoiles. Toute lumière qui brille trop fort dérange la vue trop faible. Toute phrase trop bien ciselée est soupçonnée de tricherie.

À ceux qui, depuis leurs salons parisiens, s’arrogent le droit de décerner les brevets de légitimité littéraire, je dis ceci :

Votre procès n’est pas celui de l’authenticité, c’est celui de votre propre insécurité. Vous ne critiquez pas un roman, vous tentez d’éteindre un soleil qui ne s’est pas levé chez vous. Vous confondez votre incapacité à produire le beau avec l’impossibilité pour un jeune Haïtien de le produire. C’est là le dernier masque du mépris, le colonialisme littéraire le plus raffiné.

L’IA ne fait pas une œuvre. Elle ne connaît ni la faim, ni l’exil, ni la poussière de nos quartiers, ni la rage de survivre qui irrigue chaque page de Télysson Orélien. C’était ça ou Mourir n’est pas un algorithme, c’est un cri. Un cri viscéral, charnel, haïtien.

Alors, à toi, Télysson, je dis : Courage !

Courage, frère ! Comme l’écrivait René Char, « L’impossible, nous ne l’atteignons pas, mais il nous sert de lanterne. » Continue d’écrire. Qu’ils jappent, c’est le propre de ceux qui ne mordent pas. L’histoire ne retient jamais les censeurs du Cid, ni les siffleurs d’Hernani. L’histoire ne retient que l’œuvre.

Tiens bon. Ton livre est déjà entré dans la postérité par la porte la plus noble : celle du scandale que provoque le talent chez les impuissants.

Avec toute mon admiration fraternelle et mon soutien indéfectible,

Jean Joseph D. Yvon THÉRONÉ
Poète, romancier et essayiste

Sa K ap Fèt Fontamara
Sa K ap Fèt Fontamara
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